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DANIEL CORDIER, LA RESISTANCE COMME UN ROMAN

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sites/documentaires.france5.fr/files/regis-debray3.jpgQu’est-ce qui vous a incité à faire ce film ?
Régis Debray :
C’est un voyage que Daniel Cordier et moi avons fait ensemble à Londres après la parution de son livre, Alias Caracalla, dont la lecture m’a profondément remué. Avec Olivier Salvatori, son éditeur chez Gallimard, nous étions tous les trois en Angleterre, dans une sorte de week-end de vacances, lorsque nous avons eu l’idée de ce film.

Je voulais réinsérer le récit dans une géographie, dans les lieux mêmes où s’était passé son itinéraire de résistant. Cela me semblait intéressant d’aborder l’historique par le géographique.

Ce qui est un voyage dans le temps pour lui a dû être un passionnant voyage dans l’histoire pour vous ?
R. D. :
Il faut revenir au point de départ, et rappeler que je suis à l’origine de la venue de Klaus Barbie en France. Son expulsion de Bolivie a été une opération très longue et très complexe. J’avais moi-même essayé de l’enlever au début des années 1970 en compagnie de Serge Klarsfeld.

Barbie était d’abord pour moi l’assassin de Jean Moulin. Il était donc normal que je retrouve le secrétaire de Jean Moulin pour en savoir un peu plus sur ce personnage qui m’avait motivé dans ma période bolivienne. La boucle se bouclait, en quelque sorte.

On découvre grâce à ce film un sacré personnage, presque un héros de roman ou de film.

Daniel Cordier a-t-il accepté facilement de se prêter à l’exercice ?
R. D. :
C’est moi qui ai convaincu Daniel Cordier, pour qui ça n’allait pas du tout de soi. Sur le fond oui, c’est presque un héros de roman, mais dans la forme Daniel Cordier est un personnage très discret, effacé, modeste, comme d’ailleurs tous les héros de la Résistance. Il n’est pas du tout une vedette ou une figure politique.

A la fin de la guerre, il a tiré un trait sur son passé et s’est lancé dans une carrière de collectionneur et de marchand d’art. C’est seulement quand a commencé la campagne de calomnie contre Jean Moulin, en 1977, avec cette fameuse émission de télévision [Ndlr : Les Dossiers de l’écran] où Henri Frenay et d’autres ont accusé Moulin d’être un agent communiste, que Daniel Cordier est revenu, si j’ose dire, à ses premières amours. Cette campagne de dénigrement l’a fait sortir de ses gonds.

Ce documentaire est aussi un témoignage précieux sur cette période et sur le combat de l’armée des ombres…
R. D. :
C’est la première fois qu’on montre les lieux où a vécu Jean Moulin dans la clandestinité, qu’on parle de cette période sans emphase, sans images d’Epinal, que l’on restitue la vérité aléatoire, hésitante, aventureuse, de toute cette épopée.

Je crois que ce qui se dit dans ce film n’avait jamais été dit. Pour la première fois, on entre dans l’intimité et la quotidienneté de la Résistance. Daniel Cordier dit que le moment du tournage qui l’a le plus ému est celui où il se retrouve devant les grilles de l’Olympia Hall, à Londres.

Vous-même, une séquence vous a-t-elle particulièrement ému ?
R. D. :
A ce moment-là effectivement Daniel Cordier a vraiment eu les larmes aux yeux, parce qu’il a retrouvé le moment où il plonge dans l’illégalité, où il rompt les amarres et où il rencontre de Gaulle pour la première fois.

Moi, j’ai eu les larmes aux yeux à la fin du film, lorsqu’il révèle qu’il a appris après la Libération que le "patron" était Jean Moulin. Il ne savait pas, au fond, au côté de qui il avait milité. Travaillant au jour le jour auprès de Rex, comme secrétaire, courrier, radio, confident, adjoint, bientôt alter ego, il ne sait pas qu’il seconde le grand chef.

C’est vraiment très étonnant que ce héros qui est au Panthéon, qui a donné son nom à des lycées, ait été un inconnu complet, y compris pour son bras droit.


Propos recueillis par Stéphanie Thonnet

LES CREDITS

Auteur : BERNARD GEORGE, RÉGIS DEBRAY
Durée : 1 hour, 29 minutes
Realisateur : BERNARD GEORGE
Production : CINÉTÉVÉ, ECPAD
Participation : FRANCE TÉLÉVISIONS, PLANÈTE, CNC (CINÉMA ET IMAGE ANIMÉE), MINISTÈRE DE LA DÉFENSE
admin
Posté par : admin
Le : 27 mai 2010
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