Vos parents, Philippe Laumont, ont une maison à l’île d’Oléron. C’est ce qui vous a donné l’idée de traiter ce sujet ?
Philippe Laumont : En effet, mes parents ont une maison qui donne sur la plage. Ma mère a toujours craint une montée des eaux. J’avais proposé le sujet à Narrative au mois de décembre 2009 et Xynthia a frappé en février 2010 ! La tempête a fait 63 morts (principalement à Fos sur Mer). J’ai fait du repérage à Pâques. Nous avons ensuite construit le récit à partir des informations que j’avais ramenées. Le documentaire a donc été tourné après les évènements, au mois de juin, en dix jours.
Comment vous êtes-vous répartis le travail ?
P.L : Mehrak s’est occupée des photos, moi je suis vidéaste. Pour les interviews, c’était à tour
de rôle. Il n’est pas évident lorsqu’on pose des questions de filmer et de s’occuper de la
technique en même temps.
Il s’agit des premiers « réfugiés climatiques ». C’est la première fois que le terme est
utilisé en France ?
P.L : Non il avait déjà été employé en Normandie. Quand on parle de réfugiés climatiques, on pense le plus souvent aux victimes du Tsunami à Phuket…
Avez-vous été surpris par la réaction des habitants qui préfèrent majoritairement rester sur place dans des zones à risque que d’être relogés?
P.L : Oui ! On pensait que la population aurait peur et qu’elle aurait voulu être relogée. Mais c’est tout le contraire. Il y a presque du déni dans leur discours. Parmi les personnes interviewées, certaines se sont montées en association pour défendre leur droit de rester (« association pour la sauvegarde du site de Boyardville »). Du coup, on a complètement changé le texte. Il a fallu changer notre fusil d’épaule.
C’est intéressant de voir que certaines personnes ne parlent pas de tempête mais de tsunami…
P.L : Nous avons recueilli les témoignages de pêcheurs qui n’ont pas compris le phénomène. Personne n’a de réponses scientifiques. Plusieurs paramètres pourraient être à l’origine de la catastrophe : vent, coefficient marée… Il y en a même qui ont évoqué l’existence d’une vague sismique, une réplique un mois plus tard de ce qui c’est passé à Haïti. On a téléphoné à Météo France pour essayer de comprendre mais on ne nous a jamais rappelé. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il y a une grosse vague qui a tapé contre les côtés mais pas à l’endroit habituel. C’est inédit à Boyardville (zone ouest de l’île d’Oléron).
C’est votre premier web docu ?
P.L : Ce n’est pas le dernier !
Mehrak : C’était très intéressant de mélanger vidéos, textes et photos. En photo, on est généralement seul. J’ai aimé travailler en binôme avec Philippe.
Ca n’a pas été trop difficile de tout faire tenir en 10 minutes… Vous aviez déjà fait des formats courts ?
P.L : Oui j’avais déjà réalisé des films institutionnels et des clips.
Avez-vous rencontré des difficultés ?
M. : Il n’y avait plus de preuve physique du passage de Xynthia. J’ai utilisé les photos réalisées par Françoise (interviewée dans le documentaire). C’est sa maison que l’on voit en photos.
Propos recueillis par Audrey Khalifa - novembre 2010

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