S’agit-il de votre premier web documentaire ?
David Castello-Lopes : Non, j’en ai fait plusieurs lors de mes études à l’école de journalisme de Berkeley (qui a été assez pionnière dans l’enseignement des techniques de narration propres au web) et j’avais déjà réalisé « Parcours d’œufs » pour lemonde.fr.
Vous avez choisi de vous immerger dans le quotidien de familles d’origine anglaise d’une part et pakistanaise d’autre part à chaque nouveau chapitre abordé dans le sujet. Pourquoi un tel découpage ?
DCL : Le but de ce web documentaire était de présenter la double identité de Bradford – ville que très peu de Français connaissent – à travers autre chose qu’un reportage de télévision classique. Il nous a semblé intéressant de décrire cette double identité à travers des situations similaires en montrant par exemple Rafiq, le coiffeur Pakistanais « artisan » face à Damian, le visagiste branché. Nous ne cherchions pas à comparer les deux communautés ou à dire « regardez, les coiffeurs pakistanais sont bon marchés et les blancs sont chics et chers » (c’est faux) mais à créer entre ces deux personnages un pont. C’est en grande partie ce qui a dicté l’organisation du web-documentaire en tableaux parallèles.
Bradford est la ville d’Angleterre qui possède la deuxième plus grande communauté pakistanaise après Londres. La ville est d’ailleurs surnommée Bradistan. Au-delà des clichés, vous semblez insister sur la richesse de cette double culture… Votre point de vue n’est-il pas particulièrement optimiste ?
DCL : C’est une vision assez optimiste. Il est vrai que Bradford a été beaucoup plus touchée que d’autres villes par les violences raciales. Mais les outils de prévention (notamment le maillage associatif) y sont aujourd’hui plus développés qu’ailleurs. Eviter les clichés du multiculturalisme était important pour nous.
Sur quels critères avez-vous sélectionné ces familles ? Vous ont-elles facilement ouvert leur porte ?
DCL : Nous avons cherché des gens qui sont à la fois représentatifs de leur communauté et porteurs d’une histoire intéressante. Ainsi, Richard Marshall, le trompettiste de la principale fanfare de Bradford, incarne le folklore culturel du Nord de l’Angleterre, mais il est aussi un exemple de réussite personnelle. Nous avons essuyé de nombreux refus en particulier chez les familles pakistanaises, réticentes à montrer leur intimité face à la caméra.
Combien de temps avez-vous passé sur cette thématique ?
DCL : Le travail s’est étalé de mi-octobre à début mars, soit quatre mois et demi. Mais entre la préparation, le reportage, le dérushage, le montage et les bonus, j’ai dû travailler l’équivalent d’un peu plus d’un mois et demi à plein temps.
Comment s’est passée la collaboration avec Anna Clopet ?
DCL : Bien. Je crois que nous sommes assez complémentaires. J’ai profité de son dynamisme et de son expérience de photographe internationale. Quant à moi, j’ai apporté une certaine connaissance de la narration multimédia et quelques approfondissements de nature journalistique.
Propos recueillis par Audrey Khalifa - avril 2010.

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