Qui est Boris Cyrulnik
Il est, dit-on, imbattable sur les moeurs et coutumes en vogue chez les canards : passionné par la gent animale, Boris Cyrulnik est éthologue. Une vocation découverte à 14 ans, pendant la projection d'un film sur l'entomologiste Henri Fabre : « il avait réussi à faire carrière en observant des choses passionnantes en position couchée. Je me suis dit, voilà ma voie ! ».
Mais en scrutant le comportement des canetons, moinillons et autres chatons, en étudiant leurs relations à la mère, Boris Cyrulnik approchait peu à peu, sans avoir l'air d'y toucher, ceux qu'il aimait profondément sans oser encore les côtoyer de près : les enfants. Humains, cette fois-ci. Car décrypter les mystères de l'enfance, cela aurait été, un peu, revenir sur la sienne. Et il est des souvenirs sur lesquels on ne souhaite pas forcément s'appesantir.
Fort de son histoire personnelle, Boris Cyrulnik finira pourtant par s'attacher, timidement, puis passionnément, à la cause des enfants. Après avoir collectionné les diplômes - médecine, neurologie, psychiatrie, psychologie, psychanalyse - il va croiser entre elles toutes ces spécialités - sans oublier sa chère éthologie animale - ; éclairer l'une grâce aux apports de l'autre.
Or, à l'époque, le cloisonnement scientifique est de rigueur. Il s'attirera donc inimitiés et critiques virulentes. Qu'importe, ce psy inclassable est parti sur sa lancée. Précurseur, électron libre, il va faire émerger de cet arsenal de spécialités une notion révolutionnaire qu'il mettra au service de l'enfance : la résilience. Autrement dit, la faculté de rebondir, de se reconstruire au-delà du malheur...
Une notion qui bouleverse véritablement la psychologie et la psychiatrie d'alors, centrées sur le malheur, convaincues que l'inceste, la guerre, le deuil ou les brisures du passé fracassent irrémédiablement un destin ; que les victimes ne parviendront pas à fonder une famille saine ; qu'un enfant maltraité reproduira, adulte, les schémas de violence auxquels lui-même a été soumis. Avec la résilience, Boris Cyrulnik jette le misérabilisme aux orties et apporte un vent d'optimisme qui marquera sans conteste tant la recherche que la pratique des psys.
Ce faisant, il livre en même temps un aveu autobiographique : même s'il mettra plusieurs années avant de le confesser de manière publique, Boris Cyrulnik est lui-même résilient.
A 6 ans, la vie le sépare de ses parents : ceux-ci sont déportés à Auschwitz, en 1942. Le petit garçon échoue à l'Assistance Publique. Une institutrice le prend sous son aile. Mais des voisins la dénoncent. Une opération de police est montée par Maurice Papon et le garçon est embarqué. Enfermé dans une synagogue, il parvient à s'échapper. Il sera le seul survivant de sa famille. Et croira, pendant des années, mourir de douleur.
Quelques décennies plus tard, il écrira ces best-sellers qui feront découvrir la notion de résilience et redonneront espoir à des milliers de personnes : « Un merveilleux malheur » et forcément !, « Les vilains petits canards ».
Boris Cyrulnik, à l'assaut du malheur se propose de partir à la rencontre de cet homme chaleureux, doux et malicieux, qui manie avec bonheur l'autodérision. Pour autant, pas question de le laisser jouer les trompe-l'oeil avec ses traits d'humour et ses pirouettes. Même s'il aime brouiller les cartes, il n'est pas très difficile de comprendre que derrière la façade se cache une pudeur immense. C'est donc tout en douceur, petit à petit, que nous approcherons le psy au large sourire.
De son côté, Boris Cyrulnik, grand voyageur, poète, peintre, excellent danseur de tango argentin, joueur de rugby et merveilleux conteur, nous guidera dans son univers, riche en couleurs, débordant d'humanisme.
Ce, à sa manière : avec modestie, sourire en coin et oeil qui frise...
Source : Fabrice Estève - Docside
Boris Cyrulnik vu par lui-même
1m85, 98kg de graisse. Pas un poil de muscle, que de la matière grasse (qualité d'avant-guerre). Né en 1937, donc conçu un soir de revendication sociale lors du Front Populaire.
Vocation de maître-nageur-sauveteur ou de danseur de tango argentin, mais une calvitie précoce l'obligea à étudier la médecine, la neurochirurgie, la neurologie, l'électro-encéphalographie, la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse.
Ce paresseux contrarié découvrit l'éthologie à l'âge de 14 ans en regardant un film sur la vie de Henri Fabre. La salle du Gaumont Palace avait été réservée pour les bons élèves du Lycée Jacques Decourt à Paris. Notre auteur se retrouva seul dans une salle de 600 fauteuils vides, ce qui le rendit mégalomane.
Il décida de devenir éthologue le jour où il comprit que pour observer les fourmis, le naturaliste devait travailler en position couchée.
Au cours de son internat en Psychiatrie, il découvrit que les hôpitaux chronicisaient tout le monde, même les malades mentaux.
Pour lutter contre cette délicieuse démission, il publia une des toutes premières observations d'éthologie humaine et, grâce à ce remarquable travail, il se retrouva d'emblée parmi les meilleurs éthologues de France qui, en 1968 étaient au nombre de trois.
Le Pr. Sutter lui confia alors un séminaire à la Faculté de Médecine de Marseille, tandis que les Prs. Cosnier et Montagner l'invitaient aux premières réunions du Groupe d'éthologie humaine, au sein du CNRS.
Pendant quelques mois, il fréquenta Jacques Lacan, mais au cours d'un repas, le grand psychanalyste se servit par deux fois de crème caramel, prenant ainsi la part de Boris Cyrulnik. Dès ce jour, on put remarquer entre ces deux grands penseurs une accentuation de leurs divergences théoriques.
Pas assez intelligent pour devenir lacanien, le bon docteur s'orienta vers les observations et l'enseignement régulier de l'éthologie à Marseille et à Lyon, et des exposés de méthodes et de travaux dans toutes les universités européennes. Cette activité lui permit de diriger des thèses et des publications, puis d'en piquer les conclusions pour en faire son premier live en 1983 : Mémoire de singe et Paroles d'Hommes.
Sous le signe du lien, paru en 1989 connut un tel succès que notre auteur dut créer un groupe de recherche en éthologie clinique à l'Hôpital de Toulon, uniquement destiné à coordonner les observations sur le terrain.
C'est alors qu'on vit des vétérinaires côtoyer des psychologues ahuris par cet inattendu voisinage, des linguistes employer la même langue que les neurologues et même de pompeux lacaniens furent surpris en train de serrer la main à de puissants biologistes. Ces accouplements contre nature donnèrent Les nourritures affectives.
Le drame survint en 1994 quand le Doyen de la Faculté de Médecine de Marseille rencontra le Président de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Toulon pour créer le Diplôme Inter Universitaire d'Éthologie dont la direction fut confiée à notre héros.
Ce dernier, ahuri de voir qu'on ne savait donner à l'Homme qu'une place d'ange ou de bébé, décida d'écrire l'Ensorcellement du monde car, ayant à choisir entre deux voies, il n'hésitait jamais : il prenait la troisième.
Incroyablement surestimé, notre héros fut chargé de diriger aux éditions Gallimard, un colloque imaginaire d'anthropologie, sur les relations entre l'Homme et l'animal : Si les lions pouvaient parler fut donc un grand livre (1476 pages, 3Kg200, 358 auteurs). A cette occasion Boris Cyrulnik put constater que les relations humaines avec les auteurs morts étaient bien plus faciles qu'avec les vivants.
L'éthologie montante, extrêmement bien accueillie par la culture, exigeait de se spécialiser, ce qui entraînait une fragmentation du savoir. Le grand homme alors décida de suivre le conseil de John Bowlby et de consacrer ses forces et surtout celles des autres, à l'étude de la résilience inspirée par l'éthologie humaine. A peine eut-il parlé, que ce concept envahit la culture ! Les congrès, les rencontres, les thèses, les revues spécialisées et généralistes s'emparèrent des dernières publications de ce géant de la psychologie : Ces enfants qui tiennent le coup ; Dialogue sur la nature humaine avec Edgar Morin, et surtout Un merveilleux malheur qui dépasse les 100 000 exemplaires.
Son éblouissante modestie le poussa à écrire un autre livre sur la résilience. Comme il ne voulait pas dépasser 250 pages, il fut obligé d'écrire :
- Un merveilleux malheur - 250 pages
- Les vilains petits canards - 250 pages
- Le murmure des fantômes - 250 pages
- Parler d'amour au bord du gouffre - 250 pages
qui parlaient tous de résilience et firent un malheur.
L'enthousiasme fut planétaire car ses livres furent traduits en une quinzaine de langues. Notre héros, encore assez moyen en Coréen, en chinois et japonais fut incapable d'expliquer ce succès immérité.
Le triomphe, volant au secours du triomphe, ce concept bienheureux ne fut pas toujours utilisé avec bonheur. Alors, notre grand savant organisa pendant cinq ans des séminaires qui rassemblèrent les meilleurs spécialistes de la "biologie de l'attachement". Ce titre provoqua une série de malaises anxieux chez Odile Jacob qui après de dures négociations lui fit accepter De chair et d'âme. Ce titre biblique évoque l'union du corps et de l'esprit impossible à séparer. Notre manière d'aimer façonne notre cerveau et ce titre a très bien soigné l'éditrice.
Durée : 52 minutes
Realisateur : Youki Vattier
Production : Docside Production / MVC /France 5
Participation : Centre National de la Cinématographie / ville de La Seyne sur Mer / département des Pyrénées Orientales / Musée Mémorial du Camp de Rivesaltes

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